L’homme sauvage

BUB Eric Arnal
Spectacle BUB d’Eric-Arnal-Burtschy Photo ©-Jean-Christophe-Arav

Atelier du 14 Janvier : Voici un article sur ce thème en rapport à la danse et à la performance.

J.L : L’homme sauvage nous accompagne de tous temps, il est de toutes les époques et de toutes les cultures. Par-delà les mythes, les croyances ancestrales et ses multiples figures et représentations, il me semble intéressant de considérer l’homme sauvage qui est en nous, son rapport à notre corps, à notre être, et à notre environnement.

Sur cette thématique, sa présence à notre monde contemporain, Jeanne Laurent Paris photos danseen me référant à la danse et à la physicalité, suit une présentation de ce qu’est la danse buto en tant qu’espace de son expression, ainsi que de la figure de l’homme sauvage urbain contemporain.
Des liens actifs au long de cet article permettront de consulter des vidéos en ligne sur les artistes correspondants.

L’homme sauvage, sans distinction de genres, est une figure qui marque les révolutions dans l’histoire de la danse.

Isadora Duncan, Loie Fuller, à la fin du 19e siècle-début du XXe sièce, inaugurèrent un genre nouveau de la danse, libérant le corps des entraves de la danse classique (tutu, corsets, pointes),
On pourra se référer à La danse de la sorcière, « Hexentanz », 1929, de Mary Wigman, qui anticipe les débuts de la danse buto trente ans plus tard. (Consulter l’article du Centre Pompidou sur Mary Wigman, exposition Traces du Sacré, 2008).
Nijinski et Diaghilev, avec les Ballets russes, marquent ensuite un tournant de la danse classique avec L’après-midi d’un faune, crée à Paris en 1912, et Le Sacre du Printemps (1913), chorégraphiés et interprété par Nikinsky.
Maurice Béjart en 1970 et Pina Bausch en 1975, en offrent à leur tour une autre version, flamboyante chacune, des hommes et des femmes réunis en une danse puissante et sauvage.

La danse Buto.

Ushio Amagatsu dialogue avec la gravité - Unestsu
Ushio Amagatsu dialogue avec la gravité – Unestsu
Hijikata ©  photo Mitsutoshi Hanaga
Hijikata © photo Mitsutoshi Hanaga

Danse de l’être, danse des origines.
L’essence du corps est mouvement (pour rejoindre Nietzsche pour qui l’essence de l’être est le désir et le désir s’exprime à travers le mouvement, qui est vie).
Le mouvement réconcilie le dedans et le dehors, le corps transmet l’expression de l’essence de l’être.

Fondateur du mouvement de la danse buto, au Japon en 1959, Hijikata poussait le corps au-delà des limitations de la danse moderne, explorant les formes archétypales du japon ancien, libérant le corps de l’influence occidentale en écartant les normes de beauté occidentales.

Carlotta Ikeda © photo Laurencine Lot
Carlotta Ikeda © photo Laurencine Lot

Communément appelée la « Danse des ténèbres, Ankoku Buto », on peut la percevoir avant tout comme danse et mouvement de l’être dans son essence; faisant partie des différents genres de la danse contemporaine, cette danse des origines n’a pas d’âge, ni pour notre histoire, ni pour la vie du danseur.
Pour en présenter quelques uns en images filmées :
Carlota Ikeda, Uchuu Cabaret
Ko Murobushi, Quick Silver and Dead
Gyohei Zaitsu, portrait de Sandrine Romet-Lemonne

Kazuo Ohno né en 1906, un deuxième père de la danse buto, a dansé toute sa vie. Hommage et témoignage, il danse ici de tout son corps et conscience, en mémoire de son solo La Argentina, à Tokyo en 2002.

Atsushi in Grecee 2012 photo Pagratis Pagratidis
Atsushi, Grèce 2012 photo Pagratis Pagratidis

Ces artistes de la danse buto nous ramènent à nos origines et nous réconcilient avec le vivant, de toutes espèces.  Ils nous remémorent la force de notre corps, de notre squelette, nos muscles, notre peau. La société de ce nouveau millénaire oublie de nous enseigner combien notre corps est en contact avec les éléments. Il ne s’agit pas d’émotions ou de paraître, mais de l’essence de notre rapport au monde.
Voici pourquoi je préfère décrire cette forme de la danse contemporaine, née en 1959 au Japon avec Hijikata, comme « la danse des origines ». La danse questionne notre rapport au monde et au vivant par le mouvement de l’être. Ici l’homme sauvage n’est pas vécu seulement dans son animalité instinctuelle; il est au monde, avec le monde et ce qui le meut; en lien avec les forces de la nature, il évolue avec les éléments dans une énergie vitale. L’ego n’est plus dans un rapport différencié à son environnement, le danseur devient Un avec le monde.
Née au Japon, le Buto est une forme de danse qui a désormais un rayonnement international. Des générations successives de danseurs ont permis à cette danse d’avant-garde de se développer; Très bien accueillie en France, elle reste assez peu connue du public, et nombre de compagnies et danseurs japonais y ont un ancrage fort. (Sankai Juku, Carlotta Ikeda, Masaki Iwana, Nanami Koshou, Gyohei Zaitsu, et d’autres artistes, tels Léone Cats, Diego Pinon, contribuent à la transmission de son essence en France.

On pourra aussi penser l’homme sauvage en milieu urbain.
Ici le Hors-humain, créature étrange qui habite nos lieux et non-lieux, nos espaces cachés de la ville comme le fond de notre psyché; Il connait la ville de tous ses recoins obscurs et fait ressurgir une force puissante d’adaptation à son monde environnant. Si nous ne le voyons pas sauter sur un pont, c’est qu’il est peut-être parti se baigner au lac de l’opéra, ou faire son yoga sur un toit. Ce fringuant jeune homme, né en 1944, cultive le souffle de vie et nous enseigne que la force est en nous, avec nous.Hors-humain
Voir son site Horshumain.org, et le film de Yann Minh tourné en 1997.

Nous pouvons aussi découvrir Ismaera, danseur contemporain japonais, « danseur de ville », lequel expérimente différentes formes de danse, en grande physicalité : Sukima 2

BUB Eric Arnal Burtschy © Jean-Christophe Arav
Spectacle BUB d’Eric-Arnal-Burtschy Photo ©-Jean-Christophe-Arav

L’homme sauvage versus l’homme contemporain? Il est surtout question du corps, et parlant de sa vitalité, de sa santé.
L’homme sauvage nous lie au cycle vie-mort-vie, pour nous rappeler que nous sommes de simples mortels et nous inviter à nous mouvoir, que la prise de risque fait partie du processus vital.
Nous prenons responsabilité de notre corps et notre rapport à l’espace.
Le corps devient essence, rien de superflu ne l’encombre, il est question de sa vitalité.
Une expérience physique de l’être au monde.

Des travaux personnels ou collaboratifs relatifs à ce thème en photos suivantes :Jeanne Laurent Paris_Marguerite Papazoglou & atelier NanamiKoshou_Espace TENRI_photos J.Laurent&W.OrregaGarcia

Jeanne Laurent Paris_figure homme sauvagele sauvage à apprivoiser

Autour de cet article, on pourra également se référer à l’ouvrage de Clarissa Pinkola d’Estés, « Femmes qui courent avec les loups » (1992), aux éditions Grasset,1996, pour la traduction française.

J.L, avril 2013