Mabel Todd le corps pensant

Etre debout / Parcours

Etre debout
. L’axe de recherche de ce semestre est orienté vers la mémoire du corps, notre propre mémoire ;  nous pourrons nous intéresser plus loin aux postures du corps, une gestuelle, quelque chose qui déborde l’art, et nous interroger sur la façon de traduire ce protocole au long du semestre.
Pascale Weber nous présente aujourd’hui le travail de l’américaine Mabel Elsworth Todd (1880–1956), qui fut une pionnière en occidentaux l’étude des postures du corps, et publia en 1937 l’ouvrage The Thinking Body, où elle fonde les bases de l’ideo-kinésie (pensée-mouvement), établissant le lien entre corps physique et corps émotionnel, leur alignement et harmonie. Ses recherches, développées suite à un accident corporel, servirent de base à la méthode développée par ses élèves Barbara Clark et Lulu Sweigard, et que l’on pourrait associer à la méthode de Frederick Matthias Alexander (1869-1955), lesquelles étaient destinées autant à l’éducation des postures, à la rééducation du corps en thérapie, et à la formation des danseurs et comédiens.
La notion de « Tensegrity » (tensional-integrity) : En visualisant une architecture du squelette en structures légères, où les structures biologiques des muscles et des os sont renforcées par l’équilibre entre tension et compression. L’interaction de ces forces permet un bon fonctionnement du corps dans son environnement, et de ses mouvements dans l’espace. Pour Mabel E.Todd, ici, le corps est plus proche du ballon dans une architecture tendue. Le corps, la peau, comme une voile tendue d’un bateau. Un état de laisser-aller.    Mabel Todd le corps pensant

Repères bibliographiques :
Mabel Elsworth Todd, The thinking body, 1937,
Marie Glon et Isabelle Launay, Histoires de gestes, éditions Actes Sud, 2002.

J.L, article sur l’incitation Etre debout, accompagnées de planches iconographiques à propos :

JL références être debout

.

JL : Lors de l’atelier, de nouveaux groupes se forment, assis ou au sol pour commencer, et enfin debout. Je rencontre Martine laquelle vient me parler d’un projet qu’elle souhaite développer sur le parc de Versailles. Nous restons debout et commençons à marcher dans l’espace parmi les groupes d’étudiants pendant qu’elle me parle. Au cours de cette promenade, nous rencontrons Olga, et Martine l’invite à son tour à réfléchir à ce projet, et à la création d’un parcours d’œuvres contemporaines présentées dans le jardin.

atelier
Nous discutons ensemble en même temps que je les convie à dessiner un parcours dans l’espace de la salle où nous sommes. Nous rencontrons enfin Pascale et poursuivons ensemble la réflexion sur un parcours dans les jardins.

En même temps que cette discussion, nous observons les autres groupes qui s’animent : l’un d’eux trace des motifs au sol à l’aide de leur propre corps, un autre groupe tente de garder la position debout en renversant celle de son corps dans l’espace… La séance se déroule ainsi, une promenade dans un lieu physique, et où la conversation engagée nous projette dans un autre lieu, un autre parcours de l’espace, et qui est le propre de la rêverie engagée par la marche.

La situation me remémore le texte de Rilke, Notes sur la mélodie des choses**, réflexions sur l’art de la scène et les variations de plans, premier plan, arrière-plan, circulation du regard dans l’espace, jusqu’aux paysages de la peinture Renaissante où les figures s’étalent au loin dans le paysage, solitaires ou en petits groupes, cheminant dans un espace et dont on entendrait les pensées circulant des uns aux autres ; je pense aux paysages calligraphiés à l’encre en Asie, où la figure humaine vient nous donner l’échelle de l’espace en même temps que son intégration au paysage fait résonner cette nature « une » du vivant ; à ces espaces de parole partagés lors des marches en randonnées, conversations alimentées par le paysage lui-même et l’espace dans lequel nous nous trouvons.

A propos d’être debout et la conscience du corpsKo & Edge dans l’espace :
Nous sommes vertébrés et notre squelette est notre charpente.
Etre debout, c’est l’esquisse du premier pas, le début d’un voyage.
Etre debout, c’est aussi tomber et se relever après une chute, se remettre d’un choc, d’une maladie (« être sur pieds »).
Etre debout, se tenir droit, c’est présenter sa dignité et ne pas se laisser abattre face à l’adversité.

Marcher sur un fil,
le fil de la vie,
Mémoire du corps,
comment se souvenir du premier pas ? Comment se souvient-on que l’on sait marcher ? Comment mettre un pied devant l’autre ? Comment ça (-je) marche ?

Ici une video sur ce thème, Ko Murobushi et ses danseurs, au Tokyo Performing Arts Market 2008.

Marche / Equilibre / Rencontre
Dialogue avec son corps / Dialogue avec l’espace / Avec l’autre

* Sur la notion de Tensegrity, voir l’article sur le site de Tom Flemons
** Rainer Maria Rilke, Notes sur la mélodie des choses (1898), éditions Allia, Paris, 2008 (traduction française de Bernard Pautrat)

J.L avril 2013

Tensegrity

Radio : Ecouter sur ce thème l’émission radiophonique sur la bipédie : L’Homme dressé, diffusée sur France Culture dans Continent Sciences par Stéphane Deligeorges avec Avec Christine Tardieu, paléontologue, biologiste, le 15 avril 2013.

.

Parcours

Suite à la proposition de Martine de réfléchir à un parcours muséographique dans les jardins de Versailles lors de la séance Etre debout, Pascale Weber nous incite aujourd’hui à nous imaginer un parcours dans un tel lieu historique et à la réalisation d’un projet virtuel.

En nous présentant des artistes ayant travaillé dans les jardins, Giuseppe Penone Othoniel qui s’est associé à l’espace créé par Lenôtre, Vas Conselos, Guido Remi, Bernard Venet, artiste conceptuel qui présenta un ensemble de sculptures le long d’un dans le parc en 2011…
Une visite virtuelle du parc et du parcours du roi, de la grande perspective et le bassin de Latone à l’Orangerie, le bosquet de la Reine, le bassin d’Apollon.

Comment une œuvre peut-elle réactiver un lieu ? Comment penser l’œuvre par rapport au lieu ? Et enfin, comment présenter le projet, de son élaboration virtuelle à sa concrétisation sur le terrain ?

Deux séances seront dédiées à ce cheminement, pour y proposer, individuellement ou collectivement, une œuvre ou un parcours dans le parc du château de Versailles. Les réflexions cheminement entre parcours politique, esthétique, ludique… Comme l’élaboration d’un projet de piste d’atterrissage couvrant le grand bassin, un projet de jardins partagés, de logements sociaux, une réflexion sur les réalités politiques et sociales de notre époque faisant écho à la monumentalité du lieu et de son histoire. Des discussions aussi sur le temps et l’espace, avec une marche au rythme ralenti dans les jardins.

Pour documentation, un article du journal Libération le 28 mars 2013 sur le bosquet du Théâtre-d’eau à Versailles.

Bernard Venet à Versailles

.